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Micropolluants et PFAS : le SEDIF prépare sa filtration membranaire haute performance

L'unité pilote de filtration membranaire haute performance, installée au sein de l’usine de Choisy-le-Roi, permet au SEDIF de tester, à l'échelle expérimentale, le comportement des membranes et leur efficacité face aux micropolluants. @Nicolas Fagot-Sedif
L'unité pilote de filtration membranaire haute performance, installée au sein de l’usine de Choisy-le-Roi, permet au SEDIF de tester, à l'échelle expérimentale, le comportement des membranes et leur efficacité face aux micropolluants. @Nicolas Fagot-Sedif
Une barrière supplémentaire contre les micropolluants se dessine dans les usines d'eau franciliennes. Après plus d'un an d'essais, la filière membranaire haute performance du SEDIF livre ses premiers résultats, avec en ligne de mire un déploiement industriel dès 2027. 

Face à la détection croissante de micropolluants dans les ressources en eau, le Syndicat des Eaux d'Île-de-France (SEDIF) a engagé une transformation technologique majeure de ses infrastructures de production. Au cœur de cette évolution : l'intégration d'une étape de traitement complémentaire, baptisée « filière membranaire haute performance ». Ce nouveau dispositif doit venir renforcer l'action de la filtration sur charbon actif en grain afin de retenir une gamme particulièrement large de micropolluants et d'accroître la sécurité sanitaire de l'eau distribuée aux consommateurs franciliens.


Cette évolution technologique est en phase de validation depuis plusieurs mois. Sur les sites de Choisy-le-Roi et de Neuilly-sur-Marne, le SEDIF a installé des démonstrateurs expérimentaux conçus à l'échelle du 1/250e des futures installations industrielles. Mis en service à la mi-2025, ces pilotes permettent au délégataire Franciliane d'affiner les réglages d'exploitation et de valider les études de conception.


Initialement prévue pour durer un an, cette phase d'expérimentation a été prolongée jusqu'à la mi-septembre 2026. L'objectif : étudier plus précisément le comportement des membranes face aux phénomènes de colmatage durant la période estivale.


Un million de fois plus petits qu'un cheveu

Sur le plan technologique, la solution retenue combine des membranes de nanofiltration et d'osmose inverse basse pression. La finesse de filtration est poussée à l'extrême, avec des pores de 10 000 à 1 million de fois plus petits qu'un cheveu.


Le procédé repose sur un principe de séparation physique sous pression. L'eau brute traverse trois étages successifs de membranes afin d'optimiser le rendement hydraulique. Le système permet ainsi de séparer le perméat, c'est-à-dire l'eau épurée qui traverse la membrane, du refus membranaire dans lequel se concentrent les polluants.


L'un des principaux atouts de cette combinaison technologique réside dans sa capacité à traiter l'intégralité du flux tout en conservant une minéralité suffisante. Cette configuration évite ainsi le recours à une étape complexe de reminéralisation avant la distribution.


Cette stratégie technologique s'inscrit par ailleurs dans le prolongement des orientations formulées par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) en matière de gestion des risques sanitaires. Dans son rapport rendu le 9 juillet 2024, l'instance souligne que les procédés d'osmose inverse et de nanofiltration permettent de séparer efficacement la majorité des PFAS, en fonction de leur seuil de coupure. Ces conclusions viennent ainsi conforter le choix du SEDIF de déployer un mix membranaire haute performance face à la détection croissante de micropolluants.


Des premiers résultats encourageants, notamment sur les PFAS

Après une année de fonctionnement des pilotes, les premiers résultats sont jugés particulièrement encourageants par les autorités de l'eau. D'après le SEDIF, le procédé démontre notamment son efficacité face à des molécules persistantes telles que le TFA, un métabolite de la famille des PFAS caractérisé par sa petite taille moléculaire. Alors que les traitements conventionnels peinent à l'éliminer, la nanofiltration permet déjà d'atteindre des taux de réduction compris entre 60 et 80 %. Ces résultats font écho à l'attention particulière portée par le HCSP à cette molécule.


Les futures membranes d'osmose inverse basse pression devraient, quant à elles, permettre de franchir le seuil de 90 % d'abattement pour l'ensemble des PFAS. D'autres substances, comme la metformine ou différents métabolites du chlorothalonil, voient également leurs niveaux d'élimination augmenter de manière significative grâce à cette barrière membranaire.


Le défi de la gestion des polluants concentrés

Mais une question se pose naturellement : que deviennent les polluants une fois retenus par les membranes ? Au-delà de la performance de filtration, leur devenir constitue en effet un enjeu central. Comme le rappelle le HCSP dans son rapport, les procédés membranaires ne détruisent pas les substances indésirables ; ils les séparent et les concentrent. L'instance souligne ainsi la nécessité d'un traitement complémentaire adapté afin d'éviter que ces polluants ne soient finalement retournés au milieu naturel. La gestion de la fin de vie des concentrats constitue, à ce titre, un point de vigilance.


Cette problématique a été intégrée, au moins en partie, dans la conception de la filière du SEDIF. Les matières organiques et le phosphore retenus par les membranes sont dirigés vers une unité de décantation spécifique en vue d'une valorisation agricole, tandis que les eaux de surverse sont prises en charge dans le dispositif avant leur restitution au milieu naturel.


Reste désormais à passer de l'expérimentation au déploiement industriel. Le calendrier est déjà fixé : une mise en service est prévue fin 2027 pour l'usine de Méry-sur-Oise, tandis que les sites de Choisy-le-Roi et de Neuilly-sur-Marne devraient être équipés à l'horizon 2032.

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