ANC, eaux de pluie, eaux grises : où en est le marché de l’eau à la parcelle ?

195 millions d’euros de marché, 76 500 dispositifs vendus : l’assainissement non collectif limite son recul malgré la contraction de la construction neuve. Selon une récente publication de l’ATEP, la rénovation du parc existant soutient l’activité, tandis que la récupération des eaux de pluie et la réutilisation des eaux grises ouvrent de nouvelles perspectives pour la gestion de l’eau à la parcelle. Retour sur les chiffres clés.
Dans un contexte de ralentissement du secteur immobilier, le marché de la gestion des eaux à la parcelle s’appuie sur plusieurs relais d’activité. Selon les données publiées en octobre par l’ATEP (Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle), le marché français de l’assainissement non collectif (ANC) est estimé à 195 millions d’euros HT en 2025, dans une fourchette comprise entre 180 et 210 millions d’euros. Au total, 76 500 dispositifs ont été vendus. L’ANC équipe environ 5 millions d’installations et concerne 20 % de la population française.

Entre 2022 et 2025, les ventes de dispositifs d’ANC ont reculé d’un quart, tandis que la production de maisons individuelles a baissé de plus de 40 %. Selon l’ATEP, « la réhabilitation du parc existant amortit ce choc, et elle profite d’abord aux filières agréées, souvent plus compactes et plus simples à mettre en œuvre sur une parcelle déjà bâtie ».
Les données de vente illustrent cette évolution. En 2025, les filières agréées ont totalisé 49 000 unités, contre 47 500 en 2020. Leur part de marché atteint ainsi 64 %, contre 55 % en 2020 et 5 % en 2010. Cette progression intervient toutefois après un pic de 58 800 unités en 2022. Dans le même temps, les filières traditionnelles, reposant sur une fosse toutes eaux suivie d’un traitement par le sol, sont passées de 39 000 à 27 500 unités entre 2020 et 2025.

Le rôle du parc existant
Le marché de l’ancien constitue un autre relais potentiel pour les travaux de mise en conformité. En 2025, les transactions immobilières ont progressé de 12,7 %, pour atteindre 952 000 ventes. Lors de la vente d’un logement non raccordé au réseau collectif, le vendeur doit fournir un rapport de contrôle du service public d’assainissement non collectif (SPANC) datant de moins de trois ans. En cas de non-conformité, l’acquéreur dispose d’un délai d’un an pour réaliser les travaux requis, rappelle l'ATEP.
La mise en conformité représente toutefois un investissement pour les ménages, estimé en moyenne à près de 11 600 € de travaux. Plusieurs dispositifs peuvent contribuer à son financement : la TVA à taux réduit de 10 % sur les travaux réalisés par un professionnel, l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) et les aides des agences de l’eau. Quatre des six agences maintiennent un soutien à l’ANC sur la période 2025-2030, dans le cadre d’opérations groupées portées par les collectivités. Des aides locales peuvent également compléter ces financements.
L’éco-PTZ constitue l’un de ces leviers. En 2024, 3 029 prêts consacrés à l’assainissement ont été accordés, soit une hausse de 37 % par rapport à 2023, pour un montant moyen de 9 472 €.
Les filtres compacts en tête des ventes
Parmi les filières agréées, les filtres compacts occupent la première place depuis 2019. Avec 26 200 unités vendues en 2025, ils représentent 53,5 % des ventes, un volume en hausse de 5 % par rapport à 2020, malgré un recul depuis le pic de 33 500 unités atteint en 2022.
Les microstations à culture fixée ou fluidisée arrivent en deuxième position, avec 12 100 unités (24,7 %), devant les microstations à culture libre, avec 8 000 unités (16,3 %), et les filtres plantés de roseaux, avec 2 700 unités (5,5 %). Sur la période 2020-2025, les ventes de
ces deux dernières filières ont progressé respectivement de 14 % et de 35 %.

La récupération des eaux de pluie, un marché estimé à 32 000 systèmes
La gestion de l’eau à la parcelle ne se limite pas à l’assainissement des eaux usées. Elle englobe aussi la récupération et l’utilisation de l’eau de pluie, dans un contexte de sécheresses répétées. La structuration de cette filière repose notamment sur le label professionnel Qualipluie, porté par la CAPEB et la CNATP avec l’ATEP. Le cadre réglementaire a également évolué avec l’arrêté du 12 juillet 2024, qui encadre les usages domestiques des eaux impropres à la consommation humaine, dont l’eau de pluie.
Selon les estimations publiées par l’ATEP, environ 32 000 systèmes auraient été vendus en 2025, contre 30 000 en 2020. L’organisme situe toutefois ce volume dans une fourchette comprise entre 28 000 et 38 000 unités. Le marché se maintient malgré le recul de la construction neuve, notamment grâce à l’équipement des logements existants.
Les eaux grises, un marché encore en structuration
Au-delà de sa récupération, la gestion de l’eau à la parcelle englobe l’infiltration et la rétention des eaux pluviales, ainsi que la valorisation des eaux non conventionnelles, notamment les eaux grises. Sur le plan réglementaire, l’arrêté du 12 juillet 2024 a ouvert les eaux grises à certains usages domestiques, tandis que celui du 29 juillet 2026 permet d’expérimenter de nouveaux usages dans les bâtiments. Ces évolutions ouvrent des possibilités de développement, mais ces activités ne font toutefois pas encore l’objet d’une estimation consolidée de leur marché, reconnaît l’ATEP.
Pour 2026, l’organisation anticipe une stabilisation globale de l’activité dans le bâtiment. Au premier semestre, les mises en chantier de logements ont progressé de 21,8 % par rapport à la même période de 2025. Ce redressement constitue un signal favorable, même si la construction de maisons individuelles reste en retrait par rapport à sa moyenne des cinq années précédentes.
Pour le marché de l’eau à la parcelle, la poursuite de la rénovation et l’équipement des logements existants demeurent donc des facteurs de soutien, tandis que les perspectives des filières liées à la récupération et à la réutilisation des eaux non conventionnelles restent à préciser. Reste à voir si les résultats de fin d’année confirmeront cette tendance, après un été marqué par les épisodes de stress hydrique en France.



