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Pascal Lavaur, d'Aqualyo : « La récupération de l’eau de pluie ne doit pas être réservée aux régions les plus sèches »

il y a 7 jours
7 min de lecture

Pascal Lavaur, directeur exécutif et cofondateur de Aqualyo. Crédit : DR
Pascal Lavaur, directeur exécutif et cofondateur de Aqualyo. Crédit : DR

Créée en 2025, Aqualyo entend démocratiser la récupération et la réutilisation de l’eau de pluie dans les logements. Née d’une réflexion engagée après les incendies de l’été 2022 en Gironde, la watertech mise sur une offre intégrée associant stockage, gestion connectée et suivi des consommations. Pascal Lavaur, son directeur exécutif et cofondateur, revient sur la place que ces solutions pourraient prendre dans l’adaptation des territoires au changement climatique.

Water Insight : Aqualyo est née d’une réflexion engagée en 2022. Quel constat vous a conduit à créer cette entreprise ?

Pascal Lavaur : L’histoire d’Aqualyo remonte à l’été 2022. Nous sommes implantés en Gironde et, cette année-là, nous voyions passer les Canadairs pour faire face aux incendies. C’est ainsi qu’est née notre réflexion sur la valorisation de l’eau de pluie. L’un de nos associés dirige Dal’Alu, une entreprise qui travaille depuis 44 ans dans le domaine de l’évacuation des eaux pluviales. Nous avions donc des compétences et une connaissance du sujet sur lesquelles nous appuyer.


On sait que la récupération de l’eau de pluie existe depuis l’Antiquité et des solutions sont déjà commercialisées. Pourtant, les cuves enterrées ou aériennes restent relativement peu répandues. J’ai donc cherché à comprendre pourquoi ces équipements ne s’étaient pas davantage démocratisés.


Trois freins sont rapidement apparus : l’esthétique, l’ampleur des travaux nécessaires à l’installation et leur coût. Lorsque les particuliers mettent ces dépenses en regard du prix de l’eau, ils renoncent parfois avant même d’avoir engagé leur projet. Notre ambition a été de concevoir une offre qui réponde à ces obstacles.


2022 a aussi donné lieu à l’adoption du Plan Eau. Avez-vous constaté une évolution du cadre politique et réglementaire favorable ?

Le Plan Eau, qui comprend 53 mesures, a notamment été suivi d’un assouplissement du cadre réglementaire concernant certains usages de l’eau de pluie. Le lavage du linge est ainsi entré dans le périmètre des usages possibles, alors qu’il relevait auparavant d’un régime dérogatoire. Depuis le 1er septembre 2024, l’alimentation des toilettes des écoles avec de l’eau de pluie est également autorisée.


Nous avons donc perçu une évolution favorable. Mais il faut aussi constater que les épisodes de sécheresse marquants sont parfois rapidement oubliés. Après 2022, le sujet était très présent ; en 2026, les tensions sur la ressource nous rappellent à nouveau son importance.


Nous espérons que cette prise de conscience se traduira par des mesures incitatives. Il ne s’agit pas nécessairement de mettre en place des primes, mais une baisse de la TVA pourrait faciliter l’adoption de ces équipements.


Vous estimez qu’une partie importante de l’eau utilisée dans les logements pourrait être remplacée par de l’eau de pluie. Quels usages vous paraissent prioritaires ?

Une personne consomme aujourd’hui environ 150 litres d’eau par jour. Selon nos estimations, la moitié de ce volume correspond à des usages qui ne nécessitent pas d’eau potable. L’alimentation des toilettes avec de l’eau potable nous paraît particulièrement discutable. Le lavage du linge et les usages extérieurs, comme l’arrosage du jardin, l’appoint des piscines, le remplissage des bassins et des fontaines ou le lavage des sols, constituent également des applications pertinentes.


C’est sur ces usages que nous voulons agir, avec l’objectif de substituer de l’eau de pluie à l’eau potable chaque fois que cela est possible.


Passer à ces usages suppose-t-il de revoir la conception des logements ? 

Dans une maison récente ou neuve, où le réseau de plomberie est accessible et bien organisé, l’intégration est relativement simple. Dans un logement plus ancien, des travaux peuvent être nécessaires, mais nous avons conçu notre solution pour éviter d’avoir à installer un double réseau complet.


Nous raccordons l’alimentation en eau de pluie aux usages concernés, notamment les toilettes et le lave-linge, tout en veillant à l’absence de connexion avec les autres points d’eau potable. L’enjeu est de simplifier autant que possible la mise en œuvre. Nous voulons que la récupération de l’eau de pluie puisse s’intégrer à un projet d’habitat sans devenir un chantier disproportionné.


Au-delà de la configuration du réseau intérieur, quels critères déterminent la pertinence d’une installation ?

L’eau est récupérée sur la toiture. Certains matériaux, comme l’amiante, excluent cette possibilité dans les conditions que nous envisageons. Pour le reste, nous évaluons le potentiel de collecte de la toiture en fonction des besoins du foyer.


Puis, la situation varie selon les territoires. Dans des régions particulièrement exposées aux tensions hydriques, comme autour de Perpignan, l’équilibre entre les précipitations et les besoins est plus difficile à atteindre. Ailleurs, nous estimons généralement qu’une toiture peut permettre de couvrir jusqu’à 50 % des besoins en eau du foyer. Il faut donc raisonner au cas par cas, en tenant compte des caractéristiques du logement et des usages envisagés.


Comment cette approche se traduit-elle dans votre offre ?

Nous avons voulu répondre aux trois freins évoqués : l’esthétique, les travaux et le coût. Notre réponse consiste à proposer une solution complète, clé en main, et à donner une double fonction à l’équipement de stockage.


C’est ainsi qu’est née l’hydro-terrasse. Elle permet de récupérer et de stocker l’eau de pluie provenant de la toiture tout en constituant un véritable espace de vie extérieur. Une terrasse, c’est un lieu où l’on reçoit des amis, où l’on partage un repas ou un barbecue. Le stockage de l’eau devient alors une fonction supplémentaire de cet aménagement.


Nous complétons cette solution par un gestionnaire connecté, qui fait le lien entre la réserve et les différents usages intérieurs ou extérieurs, ainsi que par une application mobile. Pour économiser l’eau, il faut d’abord pouvoir mesurer sa consommation et comprendre ses usages. C’est cette approche globale que nous proposons.


Par ailleurs, étant soucieux de proposer une installation encore plus simple et rapide, nous avons dévoilé à l'occasion du dernier BATIMAT, la box de jardin qui permet d'alimenter tous les usages extérieurs : le potager, l’arrosage automatique, les bassins et fontaines, réaliser l’appoint d’eau d’une piscine ou encore laver les sols.


La disponibilité de l’eau de pluie reste toutefois saisonnière. Comment dimensionnez-vous les installations pour répondre aux besoins ?

L’enjeu n’est pas nécessairement qu’il pleuve moins, mais que les précipitations se répartissent différemment, avec davantage de pluie en hiver et moins en été. Il faut donc dimensionner le stockage en fonction des besoins et des conditions locales.


Nous mettons à la disposition de notre réseau d’installateurs agréés un simulateur qui prend en compte le code postal, la surface de toiture, la composition du foyer et les usages prévus. Il permet d'estimer le volume de stockage adapté, parmi plusieurs capacités : 3 000, 4 000, 5 000 ou 6 000 litres.


Le calcul s’appuie sur les données météorologiques des dix dernières années. L’objectif est de dimensionner l’installation au plus près des besoins et de rechercher une autonomie sur l’année, en tenant compte des conditions propres à chaque projet.


Existe-t-il, malgré tout, des régions où vos solutions sont particulièrement pertinentes ?

L’été 2026 a montré que les tensions hydriques ne concernaient plus seulement quelques territoires traditionnellement exposés. Même la Bretagne a mené une campagne d’affichage pour alerter sur le manque d’eau.


Le sujet concerne donc l’ensemble du pays, même si les conditions locales restent déterminantes pour dimensionner les installations. La récupération de l’eau de pluie doit être envisagée comme une réponse adaptée à chaque territoire, et non comme une solution réservée aux régions les plus sèches.


Vous affichez l’ambition d’économiser un milliard de litres d’eau potable d’ici 2030. Sur quels éléments repose cet objectif ?

Nous avons établi cet objectif à partir du développement prévu de notre réseau. Avec 150 à 200 installateurs agréés fin 2027 et des clients qui économiseraient entre 40 et 50 % de leur consommation d’eau potable, nous estimons pouvoir atteindre ce volume. Notre ambition est de déployer suffisamment largement nos solutions pour que les économies réalisées par chaque foyer produisent un effet significatif à l’échelle nationale.


Par ailleurs, les incendies et les sécheresses contribuent à rappeler à l’opinion publique la réalité du dérèglement climatique et la nécessité de préserver la ressource en eau. Ces événements ouvrent également la réflexion sur d’autres usages possibles de l’eau stockée, notamment pour la protection des habitations. Nous travaillons ainsi sur des applications complémentaires, en lien avec les risques auxquels les bâtiments peuvent être exposés.


On parle de protection contre les incendies et des conséquences du retrait-gonflement des argiles. Comment la récupération de l’eau de pluie peut-elle contribuer à répondre à ces risques ?

Une maison peut notamment être équipée d’un système de protection contre les incendies par brouillard d’eau alimenté par une réserve d’eau de pluie. Nous nous intéressons aussi au retrait-gonflement des argiles, qui peut provoquer des fissures dans les bâtiments. Le maintien d’une certaine humidité autour de la maison, grâce à l’eau de pluie, constitue une piste que nous explorons.


Ces applications montrent que le stockage de l’eau peut répondre à plusieurs besoins. Il faut néanmoins adapter chaque dispositif au risque concerné et aux caractéristiques du bâtiment.


Le stockage localisé peut-il également contribuer à limiter le ruissellement et les risques d’inondation ?

En partie. L’artificialisation des sols accentue le ruissellement urbain et peut aggraver les conséquences des épisodes de fortes précipitations. Le stockage temporaire de l’eau à la parcelle permet de retenir une partie des volumes lors des pluies importantes et de réduire ainsi le ruissellement.


Il faut donc considérer la récupération de l’eau de pluie non seulement sous l’angle des économies d’eau potable, mais aussi dans une approche plus globale de la gestion des eaux pluviales.


Quels changements réglementaires seraient nécessaires pour accélérer davantage le déploiement de ces solutions ? 

Nous souhaitons que la récupération de l’eau de pluie devienne obligatoire dans les constructions neuves. La Belgique a adopté ce type d’approche depuis des dizaines d’années et l’a également étendue aux grandes rénovations à partir d’octobre 2023. Nous aimerions voir une mesure comparable en France.


L’idée est d’intégrer la préservation de la ressource en eau dès la conception des bâtiments, plutôt que de laisser cette question dépendre uniquement de la volonté individuelle des propriétaires.


Pour faire évoluer les pratiques à grande échelle, il faut agir à la fois sur les règles de construction et sur les conditions d’adoption par les ménages.

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