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Data : en quoi le comptage intelligent améliore-t-il la gestion de l’eau ?

il y a 9 minutes
5 min de lecture

Des compteurs mécaniques aux compteurs communicants, les technologies de comptage évoluent pour fiabiliser la mesure des volumes d’eau, détecter plus rapidement les anomalies et améliorer le pilotage des réseaux. © Pixabay
Des compteurs mécaniques aux compteurs communicants, les technologies de comptage évoluent pour fiabiliser la mesure des volumes d’eau, détecter plus rapidement les anomalies et améliorer le pilotage des réseaux. © Pixabay

De l’irrigation à la distribution d’eau potable, comment le comptage intelligent transforme-t-il la gestion des réseaux d’eau ? Des réseaux corses aux résultats obtenus à Ribemont, les solutions connectées affinent le suivi des consommations et accélèrent la détection des fuites. Un développement qui stimule aussi l’outil industriel.

Longtemps cantonnés au relevé des consommations, les systèmes de comptage traditionnels montrent leurs limites face aux besoins actuels de gestion des réseaux. Qu’il s’agisse de distribuer de l’eau potable en milieu urbain ou d’acheminer de l’eau brute pour l’irrigation, le comptage intelligent ouvre de nouvelles perspectives aux collectivités, aux syndicats et aux exploitants. À travers plusieurs cas pratiques, Itron illustre comment ces technologies contribuent à améliorer la performance des réseaux et à optimiser la gestion de la ressource.


Du comptage mécanique au pilotage par la donnée

Pendant des décennies, le suivi des volumes s’est appuyé sur des appareils mécaniques, relevés manuellement ou par radio-relève ponctuelle. L’usure des équipements, leur sensibilité aux fraudes et leurs limites métrologiques pouvaient fausser les mesures. Faute de données suffisamment fréquentes, les gestionnaires peinaient également à détecter rapidement les anomalies et à intervenir sur les réseaux.


Sur les réseaux d’eau brute destinés à l’irrigation, ces limites ont des conséquences directes sur la performance du service. L’Office d’Équipement Hydraulique de Corse (OEHC), qui achemine chaque année 80 millions de mètres cubes d’eau, en a fait le constat : alors que le rendement réel de son réseau avoisinait 80 %, son rendement économique tombait à 50 %, en raison notamment des imprécisions du comptage.


« Nous constations des écarts significatifs entre rendement apparent et rendement réel, avec des répercussions à la fois sur la performance économique du service et sur la capacité à piloter efficacement notre réseau », note Henri Politi, chef du service Exploitation à l’OEHC. Dans un contexte de raréfaction de la ressource, poursuit-il, « cette situation n’était plus tenable et appelait une refonte de notre stratégie de comptage ».


Sur les réseaux d’eau potable, l’absence de télérelève continue peut également retarder la détection des fuites souterraines de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. À Ribemont, dans l’Aisne, ces délais se traduisaient par des pertes annuelles de 30 000 à 35 000 m³ d’eau potable, ainsi que par des demandes de dégrèvement financier pouvant atteindre 60 000 euros pour des fuites découvertes tardivement chez les abonnés.


La télérelève, de la mesure à l’hypervision

Le passage aux compteurs statiques communicants change la manière d’exploiter les réseaux. En mesurant les volumes avec précision et en transmettant régulièrement les données via des réseaux de communication dédiés, comme le LoRaWAN, ces équipements permettent de suivre les consommations plus finement et de repérer plus rapidement les écarts.


En Corse, l’OEHC prévoit ainsi de remplacer 10 000 compteurs mécaniques par des compteurs statiques d’Itron d’ici à 2030 et de déployer environ 1 000 débitmètres pour assurer le comptage sectoriel. Le croisement des volumes acheminés avec les consommations enregistrées doit permettre à l’outil de supervision de détecter les écarts et de localiser les zones présentant une anomalie.


La collecte de données plus fiables doit ainsi permettre à l’office d’améliorer progressivement son rendement économique. « En fiabilisant la mesure et en apportant une meilleure connaissance des usages, nous contribuons à une gestion plus responsable de l’eau en Corse », avance Éric Benoît, responsable commercial Sud-Est, Corse et Outre-Mer chez Itron.


À plus long terme, l’OEHC prévoit d’intégrer ces informations à une plateforme d’hypervision croisant données satellitaires, données météorologiques et algorithmes d’intelligence artificielle. L’objectif est d’affiner le pilotage et d’optimiser le partage de la ressource, avec une économie visée d’environ 5 millions de mètres cubes d’eau par an à l’horizon 2035.


À Ribemont, des pertes d’eau réduites à 1 000 m³ par an

La preuve par l’impact est particulièrement frappante sur le territoire du Syndicat intercommunal des eaux de Ribemont. Avec l’installation de 5 000 compteurs connectés Itron, associés à une vingtaine d’antennes LoRaWAN fournies par REQUEA et à une soixantaine d’enregistreurs acoustiques de détection des fuites, le syndicat a réduit ses pertes d’eau de 35 000 m³ à environ 1 000 m³ par an. Le rendement du réseau atteint désormais 93 %.



Les bénéfices ne se limitent pas aux volumes économisés. Les alertes précoces permettent de prévenir les abonnés plus rapidement, avant que les conséquences financières d’une fuite ne s’aggravent. L’automatisation des relevés libère également du temps pour les équipes techniques, qui peuvent se consacrer davantage à la recherche active de fuites sur le terrain.


« La télérelève nous a permis de travailler de manière bien plus efficace », témoigne Philippe Lefèvre, président du syndicat. Les équipes peuvent désormais « prévenir les abonnés plus rapidement et les accompagner directement pour identifier l’origine de leur problème ». Cette réactivité a, selon lui, amélioré la relation avec les usagers, qui « constatent concrètement l’intérêt du dispositif et nous remercient régulièrement pour le service rendu ».


L’infrastructure de communication déployée pour l’eau peut par ailleurs servir à d’autres applications relevant des territoires intelligents, comme la gestion de l’éclairage public, la collecte des déchets ou le suivi de la performance énergétique des bâtiments. « Bon nombre d’élus locaux se demandent comment s’appuyer sur le réseau LoRaWAN pour faire remonter d’autres données terrain », observe Charles-Alexandre Concédieu, directeur commercial des Solutions Eau chez Itron. Le réseau est ainsi perçu comme un socle de services susceptible d’accompagner de nouveaux usages au sein des collectivités.


À Mâcon, une production automatisée pour accompagner la demande

Le développement du comptage intelligent suppose aussi de pouvoir produire les équipements en quantité suffisante. Pour répondre à la demande des collectivités et des régies d’eau, Itron modernise son outil industriel. Sur son site de Mâcon, qui rassemble près de 400 collaborateurs et 70 robots, le groupe a mis en service une nouvelle cellule d’assemblage robotisée (CAI) consacrée à son compteur d’eau intelligent Intelis wSource.


La cellule associe un robot Stäubli à différentes opérations automatisées : manipulation des pièces, vissage, contrôles d’étanchéité et conditionnement. Conçu selon les méthodes du Lean Manufacturing et du Kaizen, avec la participation directe des opérateurs, l’équipement augmente de 35 % la capacité annuelle d’assemblage des compteurs.

© Itron
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Cet investissement doit permettre en priorité de concilier hausse des volumes et maîtrise industrielle. L’enjeu est aussi d'améliorer la régularité des opérations et la qualité des équipements produits. « Au-delà du fait de produire davantage, nous souhaitons gagner en régularité et en ergonomie, mais aussi en qualité et en traçabilité », précise Cyril Adjimi, responsable du service Manufacturing Engineering chez Itron.


Cette montée en cadence s’accompagne de recrutements, sans suppression d’emplois. Une trentaine de collaborateurs doivent rejoindre le site, avec une évolution des compétences des opérateurs vers la supervision et le pilotage d’équipements technologiques. Les recrutements concernent à la fois les métiers de la production et des fonctions spécialisées. Si les opérateurs restent au cœur de l’activité industrielle, le site attire également des compétences en électronique et mécanique, qualité, planification et achats, logistique, informatique et gestion de produits.


La modernisation des réseaux d’eau ne se traduit donc pas seulement par des gains opérationnels et des économies de ressource. Elle stimule aussi la demande en équipements, pousse les industriels à investir dans leurs capacités de production et mobilise des compétences techniques. Dans une économie nationale en berne, les contraintes auxquelles fait face le secteur de l’eau peuvent ainsi constituer un moteur de développement industriel et d’emploi.

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