PFAS : Veolia anticipe la réglementation avec des membranes d’ultrafiltration sans PVDF

Alors que la réglementation européenne sur les PFAS se durcit, Veolia lance une nouvelle génération de membranes d’ultrafiltration sans PVDF. Le groupe anticipe ainsi les évolutions réglementaires susceptibles d’affecter ce matériau utilisé dans le traitement de l’eau.
Mieux vaut prévenir que guérir...c’est dans cette logique d’anticipation que Veolia vient d’annoncer le lancement d’une nouvelle génération de membranes d’ultrafiltration sans PVDF. Cette évolution de son offre vise à anticiper les évolutions réglementaires, notamment le projet européen de restriction des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), tout en maintenant les performances attendues dans le secteur du traitement de l’eau.
Présentes depuis plus de 30 ans sur le marché, les technologies membranaires du groupe sont utilisées pour la production d’eau potable, le traitement des eaux usées et la réutilisation de l’eau. La nouvelle gamme vient compléter les solutions existantes à base de PVDF, que Veolia continuera de commercialiser. L’enjeu est désormais de proposer aux collectivités et aux industriels plusieurs options, en fonction des exigences réglementaires applicables à leurs marchés. Mais pourquoi anticiper ces évolutions ?
Le PVDF au cœur des interrogations
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue à l’égard des substances fluorées. Le PVDF (polyfluorure de vinylidène), un fluoropolymère utilisé dans la fabrication de membranes, est susceptible d’entrer dans le champ du projet européen de restriction des PFAS. Ces substances font l’objet d’une attention particulière en raison de leur persistance dans l’environnement, caractéristique de nombreux composés de cette famille.
Les enjeux environnementaux ne se limitent pas aux propriétés du matériau en phase d’utilisation. Historiquement, la fabrication du PVDF a fait appel à des auxiliaires de polymérisation fluorés appartenant à la famille des PFAS. Le PFOA figure parmi les substances utilisées dans certains procédés, tandis que d’autres composés ont pu lui succéder. Les émissions susceptibles d’être associées à ces étapes industrielles constituent un enjeu de surveillance et de maîtrise des rejets.
Un calendrier réglementaire qui incite à anticiper
Ces préoccupations environnementales ont ainsi conduit l’Union européenne à engager un projet de restriction de ces substances dans le cadre du règlement REACH. L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) classe le PVDF (polyfluorure de vinylidène) parmi les substances concernées par le projet de restriction universelle des PFAS dans le cadre du règlement REACH.
Cette proposition de restriction européenne pourrait avoir des conséquences sur la production de membranes en PVDF. Dans ce cadre, l’ECHA a proposé une période de dérogation de 6,5 ans pour les fabricants de ces membranes, à compter de l’entrée en vigueur du texte. Si celui-ci était adopté autour de 2027, cette période transitoire pourrait s’étendre jusqu’en 2033 ou 2034. Ce calendrier reste toutefois conditionné à l’adoption du texte et à ses dispositions définitives. La restriction envisagée concerne le territoire européen.
Cette perspective s’inscrit dans un contexte de renforcement progressif de l’encadrement des substances fluorées et des émissions industrielles. Les restrictions européennes visant le PFOA et ses composés ont déjà limité certaines utilisations de ces substances. Par ailleurs, la directive sur les émissions industrielles (IED) et les conclusions sur les meilleures techniques disponibles (MTD, ou BAT en anglais) encadrent la prévention et le contrôle des émissions des installations concernées.
Pour les fabricants de membranes, l’enjeu est donc autant réglementaire qu’industriel : anticiper les évolutions possibles du cadre européen, adapter les procédés de production et préparer des matériaux alternatifs. Le développement de membranes sans PVDF constitue l’une des réponses envisagées par les acteurs du secteur pour préparer cette transition.
Une production organisée en Hongrie
Cette stratégie se traduit déjà dans l’organisation industrielle de Veolia. Le groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 44,4 milliards d’euros en 2025, prévoit de fabriquer ces nouvelles membranes sans PVDF sur son site d’Oroszlány, en Hongrie. Leur commercialisation sera progressive, en fonction de l’évolution des réglementations locales et des besoins des marchés. Cette implantation complète le dispositif industriel du groupe, déjà présent en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.
Cette évolution de l’offre s’inscrit dans le programme stratégique GreenUp de Veolia. « En élargissant notre portefeuille de technologies membranaires, nous permettons à nos clients de s’adapter à l’évolution des réglementations sans faire de compromis sur la performance. Être leader, c’est anticiper les changements et proposer des solutions avant même qu’elles ne deviennent nécessaires », déclare Anne Le Guennec, directrice générale des activités Technologies de l’eau de Veolia.



