Micropolluants : à Méry-sur-Oise, le Sedif installe la première membrane haute performance de nouvelle génération

Avec la pose de sa première membrane de filtration haute performance à Méry-sur-Oise, le Sedif engage un programme d’un milliard d’euros pour renforcer le traitement des micropolluants et réduire la dureté de l’eau. Une technologie appelée à équiper ses trois principales usines d’ici à 2032.
Le 2 octobre 2026, l’usine de production d’eau potable de Méry-sur-Oise, dans le Val-d’Oise, a franchi une nouvelle étape dans sa modernisation. Le Syndicat des Eaux d’Île-de-France (Sedif), son délégataire Veolia et les représentants de l’État ont célébré la pose de la première membrane de filtration haute performance de nouvelle génération. Cette opération marque l’entrée en phase industrielle du projet « Vers une eau pure », qui s’inscrit dans un programme d’investissement d’un milliard d’euros destiné à moderniser le service public d’eau potable du syndicat.
Pionnière dès 1999 avec la mise en service de la première unité de nanofiltration d’eau de surface à grande échelle, l’usine de Méry-sur-Oise renouvelle aujourd’hui ses équipements, arrivés au terme de leur cycle d’exploitation de sept à huit ans. Le Sedif a choisi cette échéance pour déployer une nouvelle génération de membranes associant nanofiltration et osmose inverse basse pression. L’objectif : renforcer l’élimination des micropolluants émergents, notamment les PFAS, les métabolites de pesticides, les résidus médicamenteux et les perturbateurs endocriniens, tout en réduisant la teneur en calcaire de l’eau.
Cette évolution doit également permettre d’envisager la distribution d’une eau très peu chlorée, voire non chlorée, sur un premier secteur pilote dès 2028. À terme, l’installation comptera 9 120 modules membranaires, représentant plus de neuf kilomètres de membranes et une surface filtrante équivalente à 70 terrains de football.
« Nous ouvrons aujourd’hui un chapitre décisif de l’histoire du service public de l’eau en Île-de-France. La pose de cette première membrane à Méry-sur-Oise concrétise notre volonté non pas de subir les évolutions environnementales, mais de les devancer pour protéger la santé de 4 millions de Franciliens », a déclaré Richard Dell’Agnola, président du Sedif et maire de Thiais.
Une barrière supplémentaire contre les micropolluants
De quoi parle-t-on ? D’une barrière supplémentaire contre les micropolluants. La filtration membranaire haute performance (FMHP) est un procédé de traitement complémentaire qui associe nanofiltration et osmose inverse basse pression pour renforcer l’élimination des micropolluants et réduire la teneur en calcaire de l’eau potable. Elle intervient en dernière étape du processus de potabilisation, après les traitements classiques : décantation, filtration sur sable, ozonation, charbon actif en grains et désinfection par ultraviolets (UV).
Le dispositif repose sur deux techniques complémentaires. Les membranes agissent comme des barrières physiques dont les pores retiennent une partie des substances présentes dans l’eau. Leur taille est comprise entre 10 000 et 100 000 fois moins que l’épaisseur d’un cheveu pour la nanofiltration, et entre 100 000 et un million de fois moins pour l’osmose inverse.
L’eau préalablement clarifiée est acheminée dans des tubes de pression, sous une pression comprise entre 4 et 7 bars. Ce procédé de séparation physique permet de distinguer deux flux, sans ajout de produits chimiques à cette étape du traitement.
Le premier, appelé perméat, correspond à l’eau qui traverse les membranes. Il représente environ 85 % du volume entrant. Selon les performances annoncées pour le projet, cette eau est débarrassée à plus de 90 % des micropolluants émergents ciblés, parmi lesquels les PFAS, les métabolites de pesticides, les résidus médicamenteux et les perturbateurs endocriniens. Le procédé vise également à retenir les microplastiques et à réduire fortement la teneur en calcaire.
La combinaison des deux techniques doit permettre de conserver une proportion de minéraux essentiels, notamment le calcium et le magnésium, sans recourir à une reminéralisation artificielle. C’est l’un des intérêts du dispositif hybride retenu par le Sedif.
Nanofiltration et osmose inverse : miser sur leur complémentarité
Utilisée seule, l’osmose inverse permettrait d’obtenir une eau très fortement déminéralisée, nécessitant ensuite une étape de reminéralisation. À l’inverse, la nanofiltration seule ne retiendrait pas suffisamment certaines substances, notamment la matière organique et des PFAS à chaîne courte comme l’acide trifluoroacétique (TFA).
L’association des deux procédés vise donc à renforcer la rétention des molécules indésirables, y compris les plus difficiles à éliminer, tout en préservant les minéraux recherchés dans l’eau potable. Elle doit également pallier certaines limites du charbon actif en grains, moins efficace sur des composés très solubles comme le métabolite de pesticide R471811 ou le TFA.
Au-delà de l’élimination des micropolluants, la réduction de la matière organique et l’adoucissement de l’eau constituent deux leviers pour faire évoluer les conditions de désinfection. Ils doivent contribuer à rendre possible la distribution d’une eau très peu chlorée, voire non chlorée, sur le secteur pilote envisagé à partir de 2028.
Que deviennent les micropolluants retenus par les membranes ?
La filtration membranaire sépare l’eau en deux flux : le perméat, qui représente environ 85 % du volume entrant, et le refus membranaire, soit les 15 % restants, dans lesquels se concentrent les substances retenues par les membranes et une partie du calcaire. La gestion de ce second flux constitue un enjeu environnemental important du projet.
Le Sedif défend un principe : éviter que les micropolluants présents dans l’eau brute ne se retrouvent dans l’eau distribuée, sans créer de pollution supplémentaire dans le milieu naturel. Le refus membranaire doit ainsi être restitué au cours d’eau environ 300 mètres en aval de la prise d’eau, après un traitement spécifique sur site destiné notamment à piéger et à valoriser le phosphore. Le projet prévoit également des unités de traitement des effluents.
Pour évaluer les conséquences de ce rejet sur le milieu récepteur, des modélisations tridimensionnelles de dispersion ont été réalisées. Selon les éléments présentés par le Sedif, elles montrent une dilution quasi immédiate du flux rejeté, avec une qualité de l’eau en aval comparable à celle mesurée en amont.
Cette évaluation est complétée par un suivi régulier au moyen de bioessais sur des organismes aquatiques, afin de surveiller les effets potentiels des rejets sur le milieu naturel. Le syndicat indique par ailleurs poursuivre un programme de recherche et développement pour identifier des solutions complémentaires de traitement des refus membranaires, susceptibles d’être déployées lorsqu’elles auront atteint une maturité industrielle suffisante.
Un milliard d’euros d’investissement, quel coût pour les usagers ?
Le programme de modernisation représente un investissement d’un milliard d’euros. Selon les estimations du Sedif, son financement entraînerait une hausse tarifaire d’environ 4 € HT par mois et par foyer à l’horizon 2030-2032. Le syndicat compare cette évolution au prix de trois packs d’eau en bouteille plastique et souligne le rôle de la solidarité intercommunale entre ses 133 communes adhérentes pour mutualiser le coût des infrastructures.
Le Sedif met également en avant les économies que la baisse de la dureté de l’eau pourrait permettre aux ménages. Selon une étude de l’Institut national de l’économie circulaire (INEC), les gains nets atteindraient entre 50 et 100 € par an et par foyer, un montant supérieur à l’évolution estimée de la facture d’eau.
Ces économies reposeraient sur plusieurs effets de l’adoucissement : une réduction de l’entartrage des chauffe-eau et des équipements de chauffage, une moindre consommation de produits ménagers et anticalcaires, ainsi qu’une durée de vie potentiellement accrue des appareils électroménagers. À l’échelle du territoire, le Sedif avance une économie d’électricité de 119 GWh par an grâce à la réduction de l’entartrage.
Un renouvellement progressif jusqu’à fin 2027
La pose de cette première membrane s’inscrit dans la continuité des choix technologiques engagés par André Santini, qui avait introduit la nanofiltration à Méry-sur-Oise en 1999, avant de lancer la généralisation de la filtration membranaire haute performance en 2015. Décédé le 1er juin dernier, l’ancien président du Sedif, qui a dirigé le syndicat de 1983 à 2026, a été honoré lors de la cérémonie : l’usine de Méry-sur-Oise a officiellement été rebaptisée en son nom.
Le renouvellement des huit files membranaires du site se poursuivra progressivement jusqu’à la fin de 2027, sans interruption de la distribution d’eau potable. Cette première phase doit ensuite laisser place au déploiement de la technologie dans les deux autres grandes usines du Sedif, à Choisy-le-Roi et à Neuilly-sur-Marne, avec une mise en service progressive prévue à l’horizon 2032.
Chacune de ces deux usines disposera d’une capacité de traitement membranaire pouvant atteindre 400 000 m³ par jour, contre 140 000 m³ par jour à Méry-sur-Oise. Alimentées par l’Oise, la Seine et la Marne, les trois installations doivent ainsi bénéficier progressivement de cette technologie.



