À Mèze, un laboratoire grandeur nature pour les technologies de l’eau

À Mèze, le Water Reuse Institute transforme 6 000 m² en laboratoire grandeur nature : eaux usées, eaux de pluie, effluents viticoles ou eau salée de l’étang de Thau y servent de terrain d’essai aux technologies de l’eau.
Installé sur l’historique écosite de Mèze, au cœur du bassin de Thau en Occitanie, le Water Reuse Institute (WRI) entend jouer un rôle clé dans la transformation de la filière de l’eau. Cet outil industriel privé de 6 000 m², connecté à un réseau international, se veut le chaînon jusqu’ici « manquant » entre l’innovation développée en laboratoire et son déploiement à grande échelle.
Lancé en septembre, le WRI est né d’un constat : la filière française de l’eau ne manque ni d’idées ni de technologies, mais d’infrastructures capables de les tester dans des conditions représentatives. L'institut vient combler ce manque, pour « passer de la théorie à la preuve en conditions réelles, mais aussi pour rassurer des clients et des collectivités souvent échaudés par des promesses technologiques non tenues », résume Romain Salza, fondateur du WRI.
Le WRI ambitionne ainsi de devenir un « tiers de confiance », capable non seulement de vérifier les performances d’une solution, mais aussi d’accompagner son industrialisation et de former les professionnels qui auront ensuite à l’exploiter.
Un territoire d’essai
Le choix de Mèze n’est pas anodin. Avec un bail emphytéotique de 50 ans, le WRI dispose d’un site de 6 000 m², dont 2 000 m² de bassins, qui permet de transformer une ancienne friche industrielle en plateforme d’expérimentation. Sa principale richesse réside dans la diversité des ressources disponibles : eaux usées de station d’épuration, eaux de pluie et de ruissellement, effluents viticoles, mais aussi eau salée issue de l’étang de Thau. Une concentration de flux qui offre aux industriels un terrain d’expérimentation particulièrement rare. « Il est exceptionnel de disposer d'une telle diversité de flux pour valider des technologies en conditions réelles, pour les mesurer et les améliorer », souligne Romain Salza.
Le territoire héraultais constitue par ailleurs un environnement particulièrement pertinent pour éprouver les technologies face aux effets du changement climatique. Fortes chaleurs, sécheresses prolongées et tension croissante sur la ressource constituent déjà des contraintes concrètes pour les acteurs locaux. « Tester des solutions par 45 °C en plein été ou lors de périodes de sécheresse permet de garantir l'efficacité des dispositifs avant leur déploiement à grande échelle », ajoute-t-il.
Cette implantation répond par ailleurs à une ambition industrielle : contribuer à renforcer la souveraineté technologique dans le domaine de l’eau. En regroupant sur un même site la recherche et développement, la fabrication et la formation, l’institut entend conserver cette maîtrise localement. Une approche qui résume sa philosophie : « l'eau se gère globalement, mais se traite localement ».
Pour concrétiser cette ambition, le WRI s’appuie sur un écosystème composé de trois entités complémentaires. Le WRI assure les phases d’essais et de formation, SNT intervient sur l’ingénierie et l’industrialisation, tandis qu’ACQUA.ecologie prend en charge le déploiement opérationnel.
Un laboratoire à ciel ouvert
Sur cette plateforme, les technologies sont confrontées à une grande variété de situations. Le WRI teste notamment des systèmes d’assainissement et de réutilisation des eaux (REUT) de nouvelle génération, des procédés de traitement des micropolluants, ainsi que des boucles locales de recyclage destinées à l’industrie, à l’agriculture ou encore au secteur maritime.
Un projet particulièrement emblématique est d’ailleurs en cours de finalisation : un dispositif de « recyclage des eaux à domicile » capable de transformer directement les eaux usées et les eaux de douche en une eau de qualité potable, grâce à une chaîne de traitement multi-barrières intégrant notamment une technologie membranaire certifiée NSF/ANSI 350 pour la réutilisation de l’eau.
Mais le WRI ne se limite pas à accueillir des démonstrateurs. Il se veut un véritable « terrain commun » pour l’ensemble de la filière. Entreprises industrielles, chercheurs, fabricants de composants, bureaux d’études, distributeurs et intégrateurs – sélectionnés par la plateforme – peuvent y tester leurs solutions, vérifier leur performance ou se former à leur utilisation sur des équipements réels.
L’enjeu est notamment de sortir d’une logique de silo. Une technologie peut être performante en elle-même sans pour autant s’intégrer facilement dans une installation complète. Le rôle du WRI consiste donc aussi à tester les interactions entre équipements et à concevoir des solutions cohérentes à partir de différentes briques technologiques.
Cette démarche repose sur un réseau de partenaires industriels internationaux. Parmi eux figurent BioMicrobics, spécialisé dans le traitement biologique et la réutilisation des eaux, et Scienco/Fast, qui apporte son expertise dans les solutions maritimes et le traitement à bord des navires.
D’autres acteurs participent à cette dynamique, comme SeptiTech pour le traitement des eaux usées sur site, Ahead Sanitation Systems pour les systèmes d’assainissement marins, ou encore Smith & Loveless pour les stations d’épuration.
Une montée en puissance jusqu’en 2028
Le calendrier du WRI s’inscrit dans un contexte de forte pression sur la ressource. Pour rappel, la France s’est fixé pour objectif de réduire de 10% les prélèvements d’eau d’ici 2030, tandis que les besoins en matière de réutilisation des eaux usées, de traitement des micropolluants dont les PFAS, et d’autonomie hydrique des bâtiments progressent.
Le site de Mèze entend répondre à ces enjeux en accompagnant à la fois l’innovation, son passage à l’échelle et la montée en compétences des professionnels. Sa pleine capacité opérationnelle est prévue à l’horizon 2028, mais l’activité a déjà commencé, notamment avec les premières formations et le développement de démonstrateurs.
Une conviction résumée par la signature du WRI : « la réutilisation de l'eau n'est plus optionnelle, elle est essentielle ».



