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Île-de-France : pourquoi les entreprises doivent anticiper le risque hydrique

il y a 3 jours
6 min de lecture
En Île-de-France, la CCI appelle les entreprises à mieux mesurer leur dépendance à l’eau et à anticiper les risques liés à la raréfaction de la ressource. Crédit : Angelo luca iannaccone - Pixabay
En Île-de-France, la CCI appelle les entreprises à mieux mesurer leur dépendance à l’eau et à anticiper les risques liés à la raréfaction de la ressource. Crédit : Angelo luca iannaccone - Pixabay

Alors que la ressource en eau se fragilise, les entreprises franciliennes restent encore largement aveugles à leur dépendance. Dans son rapport, la CCI Paris Île-de-France appelle à mieux mesurer les risques et à intégrer l’eau dans les stratégies économiques.

Alors que la France panse encore les plaies d’un été 2026 marqué par plusieurs épisodes caniculaires et de sécheresse, la question de l’eau s’invite progressivement dans les stratégies des entreprises, en particulier celles implantées dans le bassin francilien. Avec son récent rapport consacré à la gestion de la ressource, la CCI Paris Île-de-France entend faire évoluer le regard du monde économique sur l’eau : mieux mesurer sa dépendance, prendre la mesure des risques à venir et, surtout, identifier les leviers d’action.


Un territoire sous tension

L’Île-de-France, moteur économique national qui assure un tiers de la production du pays, repose sur un équilibre hydrique plus fragile qu’il n’y paraît. Dans le bassin Seine-Normandie, où sont implantées 40 % des entreprises françaises, 80 % de l’approvisionnement en eau provient des eaux de surface, rappelle la CCI. La disponibilité de la ressource n’est toutefois pas considérée comme préoccupante pour la majorité des usagers franciliens. Les arrêtés de restriction restent rares, notamment grâce aux capacités de stockage et à une gestion coordonnée de la ressource.


Cette relative sécurité masque pourtant une réalité plus fragile. La Seine affiche « le plus faible débit des grands fleuves de France métropolitaine, avec 480 m³/s en moyenne, contre 900 m³/s pour la Loire et 1 700 m³/s pour le Rhône », indique le rapport. En période estivale, son débit repose en grande partie sur des dispositifs artificiels de soutien à l’étiage. Les lacs-réservoirs assurent ainsi 50 à 60 % de son débit.


Les projections climatiques renforcent le constat. Selon l’OCDE, dans son étude Adapter l’Île-de-France à la raréfaction de l’eau, la région a connu en moyenne 110 jours de sécheresse des sols par an entre 1991 et 2020, soit plus de 20 % de plus que durant les décennies précédentes. Dans le scénario le plus défavorable, les restrictions d’usage de l’eau, notamment pour l’irrigation, l’industrie ou la navigation, pourraient s’étendre à plus de 150 jours par an d’ici 2040. Les impacts économiques pourraient alors atteindre environ 1,4 milliard d’euros à l’horizon 2050 et jusqu’à 2,45 milliards d’euros en 2100, estime l’OCDE.


Dans ce contexte, « la sobriété hydrique constitue désormais un enjeu de résilience, de compétitivité et de continuité de l’activité », commente Dominique Mocquax, membre élu de la CCI Paris Île-de-France, à l’initiative de ce rapport.


Une vulnérabilité encore sous-estimée

Malgré ces tensions, le monde économique semble encore largement déconnecté de cette réalité. Selon une enquête présentée dans le rapport, 66 % des entreprises répondantes considèrent ainsi que la gestion de l’eau n’est pas un sujet de préoccupation. Par ailleurs, 43 % déclarent ne pas être dépendantes de la ressource. Cette perception serait particulièrement marquée dans les secteurs tertiaires et au sein des PME, qui sous-estimeraient leur dépendance réelle à l’eau.


Pourtant, les risques sont multiples. Le risque financier figure parmi les principaux points de vigilance mis en avant par la CCI. Le prix de l’eau, déjà en hausse de 28 % depuis 2010, pourrait augmenter de 30 à 50 % d’ici 2030-2035, en raison des investissements nécessaires pour sécuriser l’approvisionnement et renouveler des réseaux vieillissants. À cela s’ajoutent les conséquences financières des réformes des redevances.


Les établissements bancaires et les compagnies d’assurance intègrent désormais les enjeux hydriques dans leurs analyses, faisant de la « gestion durable de l’eau » un critère d’évaluation des risques de crédit et de la solvabilité des organisations.


Aux enjeux économiques s’ajoutent des risques réglementaires et sanitaires. Une mauvaise maîtrise de la qualité de l’eau peut, selon les secteurs d’activité, conduire à la contamination de productions, à des rappels de lots ou encore à des sanctions pénales. Les activités agroalimentaires, pharmaceutiques ou cosmétiques sont particulièrement exposées. Et l’émergence de nouvelles normes sur les polluants, comme la redevance pour pollution par les PFAS fixée à 100 euros par tranche de 100 grammes rejetés, impose par ailleurs des investissements structurels, sans toujours offrir une visibilité suffisante sur les exigences futures.


Enfin, la raréfaction de l’eau devient un enjeu pour le développement territorial. Le Conseil d’État a confirmé qu’une « insuffisance de la ressource peut constituer un motif légal de refus de permis de construire ». La question hydrique touche alors directement à la capacité d’un territoire à accueillir de nouvelles activités. Anticiper une éventuelle pénurie devient ainsi un élément à prendre en compte dans l’évaluation d’un projet de développement économique.


Vers une transition hydrique concertée

Face à ces enjeux, la CCI Paris Île-de-France propose une stratégie articulée autour de quatre leviers d’action, avec l’objectif de faire de l’eau une composante à part entière de la stratégie économique régionale.


Le premier axe consiste à mieux connaître la ressource et à renforcer la mobilisation des acteurs. Avant de réduire les consommations, encore faut-il savoir où et comment l’eau est utilisée. Le rapport insiste donc sur la nécessité de rendre les données existantes plus lisibles, afin d’améliorer la transparence, de mieux comprendre les enjeux hydriques et d’éclairer la décision publique.


À l’échelle des entreprises, cette connaissance passe notamment par la réalisation de diagnostics hydriques. Ils permettent d’identifier les postes de consommation et les principaux leviers de sobriété. La démarche peut notamment concerner des secteurs particulièrement gourmands en eau, comme les data centers ou la microélectronique.


Le deuxième axe porte sur la gouvernance et le cadre normatif. Pour éviter que la réglementation ne devienne un frein à l’investissement, la CCI plaide pour davantage de stabilité réglementaire, afin d’offrir aux acteurs économiques plus de visibilité et de marge de manœuvre.


Le rapport préconise également de renforcer la participation du monde économique aux instances de gestion de l’eau. La CCI défend, en parallèle, une approche territorialisée à l’échelle des bassins hydrographiques, afin d’adapter les réponses aux réalités locales.


Intégrer l’eau dans les choix d’aménagement

Cette approche territoriale se retrouve dans le troisième axe : mieux intégrer l’eau dans les politiques locales et d’aménagement.


Il s’agit notamment de renforcer la prise en compte des risques naturels liés à l’eau dans les documents d’urbanisme, parmi lesquels les plans locaux d’urbanisme (PLU). L’objectif est d’intégrer plus en amont les contraintes liées à la ressource et d’améliorer la résilience des territoires. Dans le même temps, la CCI encourage le développement de l’économie circulaire et de projets à impacts positifs, comme la restauration des zones humides.


La tarification progressive constitue, par ailleurs, un sujet de débat. Proposée par le gouvernement dans le cadre du « Plan Eau » de mars 2023, sa généralisation est remise en question par la CCI Paris Île-de-France. Celle-ci demande de « reconsidérer l'objectif de généralisation de la tarification progressive et distinguer les usages domestiques et économiques dans l'étude des modalités d'évolution de la tarification ». Elle va plus loin, en proposant d’« abandonner l'objectif de généralisation systématique de la tarification progressive au profit d'une approche adaptée aux spécificités des territoires ».


Accompagner l’innovation

Reste la question des moyens. Pour accélérer le passage à la sobriété, le quatrième axe identifié par le rapport repose sur l’innovation et l’accompagnement technique.


La CCI estime que la France doit rattraper son retard en matière de réutilisation des eaux usées traitées (REUT) et de recyclage des eaux de process. Elle recommande de soutenir les projets pilotes portés par les grandes entreprises afin que leurs retours d’expérience puissent ensuite bénéficier aux TPE et PME. Cet élan passe aussi par une simplification de l’accès aux aides financières, souvent jugées trop complexes par les petites organisations.


L’enjeu ne se limite toutefois pas aux équipements et aux financements. La transition hydrique repose aussi sur les compétences. La CCI insiste ainsi sur la nécessité de renforcer l’attractivité des métiers techniques de l’eau pour garantir la maintenance des infrastructures et accompagner l’évolution des compétences face aux transformations climatiques et numériques du secteur.


« Si les enjeux énergétiques sont aujourd’hui largement intégrés par les acteurs économiques, leur dépendance à la ressource en eau reste encore sous-estimée. Mesurer ses consommations, identifier ses vulnérabilités et anticiper les tensions futures doivent désormais faire partie intégrante de la stratégie des entreprises », glisse Dominique Mocquax, auteur du rapport.

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