top of page

Stations d’épuration : Surfrider veut mieux prévenir les fuites de biomédias

5 oct.
5 min de lecture
Les biomédias utilisés dans les stations d’épuration peuvent rejoindre les cours d’eau et le milieu marin en cas de fuite. Crédit : Surfrider Foundation Europe
Les biomédias utilisés dans les stations d’épuration peuvent rejoindre les cours d’eau et le milieu marin en cas de fuite. Crédit : Surfrider Foundation Europe

Lorsqu’ils s’échappent des stations d’épuration, les biomédias peuvent rapidement gagner les cours d’eau puis les océans, où ils deviennent une source de pollution. Pour mieux prévenir ces rejets, Surfrider Foundation Europe déploie une carte interactive destinée aux professionnels de l’assainissement.

Derrière les infrastructures de traitement des eaux usées se cache une pollution plastique encore méconnue, mais particulièrement préoccupante. Utilisés par millions dans les stations d'épuration pour intensifier l'épuration biologique, les biomédias peuvent s'échapper dans la nature lors d'incidents techniques, de pannes de matériel ou de conditions météorologiques extrêmes. Face à cette menace transfrontalière, qui concerne une grande partie des littoraux européens, l'association Surfrider Foundation Europe dévoile une série de recommandations et de ressources, désormais accessibles via une carte interactive pensée pour les professionnels de la filière.


À première vue, ces petits supports plastiques n'ont rien d'inquiétant. Leur fonction première est même essentielle au traitement des eaux usées. Fabriqués principalement à partir de polyéthylène haute densité (PEHD) ou de plastique recyclé par extrusion, les biomédias sont de petits cylindres ou disques alvéolés, de 1 à 5 cm, conçus pour offrir une vaste surface de colonisation aux bactéries épuratrices.


Introduits dans les bassins de traitement à lit fluidisé selon les procédés MBBR (Moving Bed Biofilm Reactor) et IFAS (Integrated Fixed Film Activated Sludge), ils permettent de décomposer la matière organique, l'azote et le phosphore, tout en réduisant l'emprise au sol des installations. En fonctionnement normal, ces plastiques restent confinés dans un système fermé à l'intérieur des bassins.


Mais il suffit parfois d'une défaillance pour que le dispositif se retourne contre son environnement. Pannes d'équipements, contrôle opérationnel défaillant, déséquilibres biologiques ou intempéries sévères peuvent provoquer des fuites aiguës ou des rejets chroniques et diffus. « En raison de leur densité très proche de celle de l'eau, de leur légèreté et de leur forte mobilité, ces morceaux de plastique peuvent alors parcourir rapidement les cours d'eau jusqu'au milieu marin, où ils s'accumulent durablement sur les littoraux ou sont ingérés par la faune marine », alerte l'ONG.


Constat d'une impunité généralisée

Sur le terrain, les incidents se multiplient et dressent un constat difficile à ignorer. Dans un rapport rédigé par les experts Philippe Bencivengo, Cristina Barreau et François Verdet, et financé par l'Agence suédoise de protection de l'environnement aux côtés du Conseil nordique des ministres, Surfrider Foundation Europe dresse un bilan alarmant de la situation.


Au moins onze des quinze parties contractantes de la Convention pour la protection du milieu marin de l'Atlantique du Nord-Est (OSPAR) sont directement touchées par ce type de pollution plastique. L'ONG rappelle à ce titre que la convention OSPAR fixe comme objectif de « réduire substantiellement la quantité de déchets marins dans la zone maritime OSPAR jusqu'à des niveaux où leurs propriétés et leurs quantités ne causent pas de dommages au milieu marin ».


Pourtant, derrière cet objectif affiché, la réalité observée reste bien différente. L'analyse d'une quarantaine de cas de pollution recensés en Europe – comme à Corbeil-Essonnes et Bastia en France, ou encore dans le fjord de Vindafjord en Norvège - révèle de profondes lacunes dans l'application des responsabilités. Sur l'ensemble de ces événements, une seule entreprise a pris à sa charge les frais de nettoyage et seulement deux rejets ont donné lieu à des poursuites judiciaires. Des chiffres qui témoignent, selon Surfrider Foundation Europe, de l'absence quasi totale d'application du principe pollueur-payeur.


Sécuriser l'ensemble du cycle de vie

Face à ces constats, la question n'est donc plus seulement de savoir comment récupérer les biomédias une fois qu'ils se sont échappés. Pour Surfrider Foundation Europe, c'est l'ensemble de leur cycle de vie qu'il faut désormais mieux encadrer. L'ONG préconise ainsi une refonte des pratiques et des cadres juridiques entourant les biomédias, depuis leur fabrication jusqu'à la gestion de crise.


Sur le plan réglementaire, elle demande l'intégration de la réduction des déchets plastiques au sein de la directive sur les eaux résiduaires urbaines (DERU) et de la directive-cadre sur l'eau (DCE), ainsi que l'obligation de réaliser une Analyse de Risque de Défaillance (ARD) pour conditionner toute autorisation de rejet.


Du côté des installations, les experts recommandent d'abord de séparer physiquement la collecte des eaux de pluie de celle des eaux usées domestiques, afin de garantir un traitement optimal et stable des effluents domestiques, y compris lors d'épisodes météorologiques intenses. Cette séparation doit s'accompagner d'une gestion des eaux pluviales à la source : espaces végétalisés, fossés ou toits verts peuvent favoriser l'infiltration naturelle de l'eau dans les sols plutôt que son orientation vers les réseaux d'assainissement.


Lorsque le raccordement aux réseaux reste nécessaire, il s'agit également de réguler les débits en amont des stations d'épuration. La création de bassins d'orage ou de réservoirs tampons permettrait de stocker temporairement les surplus d'eaux pluviales et de lisser la charge hydraulique admise dans la station. Les installations doivent par ailleurs pouvoir compter sur des déversoirs d'orage régulés et équipés de systèmes de dérivation, afin de maintenir un débit constant sans mettre en péril le traitement biologique.


Le quotidien des stations constitue lui aussi un point de vigilance majeur. L'exploitation doit notamment faire l'objet d'un contrôle rigoureux afin d'éviter le développement de bactéries filamenteuses ou de mousses susceptibles de piéger les supports en surface. Surfrider recommande également la mise en place d'un système de gestion de la maintenance assistée par ordinateur (GMAO) et une formation continue des techniciens. En outre, dans le cas d'une mise à niveau d'une installation existante, les experts recommandent de privilégier les systèmes fermés et d'équiper l'ensemble des conduits et émissaires de grilles et tamis de rétention dont le maillage est inférieur au diamètre des biomédias.


Enfin, les exploitants doivent intégrer le risque de perte de biomédias dans leurs Plans d'Opérations Internes (POI), afin de garantir une intervention immédiate et une prise en charge financière totale des coûts de nettoyage par les responsables.


Un outil au service de la filière

Reste à faire passer ces recommandations du papier au terrain. C'est précisément l'objectif de la nouvelle carte interactive déployée par Surfrider Foundation Europe pour les acteurs de la filière de l'assainissement. « Cela fait près de 10 ans qu'avec Surfrider Foundation Europe on cherche à réduire les pertes de biomédias dans les milieux naturels », rappelle Philippe Bencivengo, expert biomédias chez Surfrider Foundation et co-auteur du rapport dans une publication sur LinkedIn.


Le dispositif rassemble un condensé de ressources, allant des guides d'ingénierie aux retours d'expérience. « Un tout nouveau format alliant contenus techniques et pédagogiques afin de mieux préparer les professionnels de l'assainissement et éviter les pertes de biomédias », précise l'expert. L'outil s'adresse aussi bien aux élus locaux qu'aux concepteurs d'installations, aux exploitants de stations ou encore aux services de contrôle et de régulation.



Pour rappel, depuis 2023, Surfrider bénéficie du soutien de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne pour aller plus loin dans cette démarche, en collaborant avec des stations d’épuration pilotes et en testant concrètement la faisabilité de ses recommandations. Avec cette carte interactive, destinée « à réduire le risque de perte de biomédias tout au long de leur cycle de vie », l'ONG invite désormais l’ensemble des professionnels à s’appuyer sur les ressources produites avec l’ASTEE, le Graie et l’OiEau, mais aussi à partager leurs retours d’expérience pour contribuer à une meilleure prévention de cette pollution plastique.

bottom of page